Guide pratique de reproduction de semences

Gourdes à Pebble Garden - Auroville - Inde © Helen Eveleigh

Cet article est inspiré de notes prises lors d'une formation donnée par Deepika Kundaji (Auroville - Inde) lors de sa venue en France fin juin 2013.

Deepika Kundaji - Femme Semencière Inde Auroville

1 - Qu'est-ce qu'une bonne graine?

Une bonne graine doit donner une plante saine qui produira beaucoup de fruits. Ces caractéristiques sont le résultat d’une sélection des plantes sur de nombreuses générations, issues du savoir-faire des agriculteurs.

La graine doit pouvoir germer et la variété doit être pure. Pour cela, nous devons nous assurer que la plante n’a pas été contaminée génétiquement, ni croisée avec une autre variété. Les méthodes de conservation de semences jouent également un rôle important afin d’éviter la dégradation de la semence au cours des ans.

2 - Comprendre la reproduction des plantes

Les explications données ici se basent sur l’observation simple des fleurs. Aucun terme scientifique ne sera utilisé ici. Cette formation était à la base destinée à des paysans illettrés d’Inde, et Deepika avait le souci de rendre accessible cette formation à tous.

J’ai beaucoup apprécié la simplicité de cette approche, que je reproduis ici. Basée sur l’observation simple de la nature, une approche intuitive plutôt qu’intellectuelle. Une approche féminine qui me convient très bien.

2.1 - Les différents types de plantes

Les fleurs contiennent une partie mâle et une partie femelle. La partie mâle produit le pollen, et la partie femelle, les œufs. La fécondation consiste à déposer le pollen sur les œufs, et il en résulte des graines.

Il existe 3 types de fleurs :

  • Des plantes dont les fleurs sont androgynes, c’est-à-dire que la partie femelle et la partie mâle sont sur la même fleur
  • Des plantes qui portent des fleurs mâles et des fleurs femelles
  • Des variétés qui donnent des plantes femelles (portant uniquement des fleurs femelles) et des plantes mâles (portant uniquement des fleurs mâles)

La pollinisation est l’acte de transporter du pollen de la partie mâle vers la partie femelle afin de la féconder. Cet acte de pollinisation est réalisé naturellement par des insectes pollinisateur tels que l'abeille.

Si nous souhaitons nous assurer de la pureté des semences qui seront produites, nous devons avoir l’assurance que la pollinisation ne se fera qu’entre plantes de la même variété. Si vous avez un petit jardin isolé, dans lequel ne pousse qu’une seule variété de tomates par exemple, vous pouvez être certain que les semences produites seront pures. 
Mais si d’autres variétés de tomates sont cultivées dans votre jardin ou à proximité, des précautions doivent être prises.

2.2 - Reconnaître les fleurs mâles et les fleurs femelles

Les fleurs possédant une « rondeur » à leur base, comme sur la photo ci-contre, sont des fleurs femelles.
Cette rondeur n’est autre que le fruit naissant, le « bébé ».
Ci-dessous, des fleurs de courgette, le mâle à gauche, et la femelle avec son « bébé » au dessous à droite.

Fleur courgette male et femelle

Ci-dessous, la fleur femelle est à gauche, avec son petit coussinet accueillant et les oeufs, et la fleur mâle à droite, porteuse de pollen.

Fleurs male et femelle

Ci-dessous, le mâle chargé de pollen à gauche, la femelle à droite.

3 - Techniques de pollinisation permettant d’assurer la pureté des graines

3.1 - Plantes à fleurs androgynes

Sur ce type de plantes, la reproduction est automatique. Ce sont des plantes autopollinisantes. Mais il y a possibilité qu’une abeille se pose sur la fleur et vienne ainsi la polliniser avec une autre variété. Il faut donc empêcher les abeilles de se poser dessus ! Pour cela, la méthode la plus simple est de fermer la fleur avec une ficelle par exemple, juste avant que celle-ci ne s’ouvre, vers 6h00 du matin… Il est important également de marquer la tige portant la fleur avec un bout de ficelle. Une fois la fleur tombée, cela permet de savoir que le fruit qui apparaîtra pourra être utilisé pour les semences.

Si les fleurs sont trop petites pour être fermées par cette méthode, on peut utiliser une moustiquaire que l’on posera au-dessus de la plante. On peut regrouper plusieurs espèces différentes sous une même moustiquaire (tomates, aubergines, basilic …)

On peut également confectionner de toutes petites moustiquaires que l’on posera sur les fleurs, toujours avant l’ouverture de la fleur.

Il faut noter que les plantes sous moustiquaires sont généralement en moins bonne santé que les autres. En effet, les prédateurs des insectes, telles que les coccinelles, ne peuvent plus intervenir pour protéger la plante.

Pour certaines variétés, telles que les haricots géants, l’utilisation de moustiquaires devient impossible. On peut alors semer les différentes variétés à des moments séparés afin de s’assurer qu’ils ne fleurissent pas au même moment.

La fleur de tournesol est un cas particulier. C’est une fleur multiple, composée d’un ensemble de petites fleurs qui sont soit mâles soit femelles. Les fleurs mâles sont situées en périphérie et les femelles vers le centre. Toutefois cette plante n’est pas autopollinisante. En effet, les fleurs en périphérie (les mâles) s’ouvrent en premier, puis s’ouvrent les fleurs femelles. Pour s’assurer de la pollinisation du tournesol, il faut donc espacer les plantations dans le temps. 
C’est la même chose pour le radis.

Pour les salades, il n’y a pas d’interpollinisation entre variétés, il est donc inutile de les protéger.

3.2 - Plantes à fleurs non androgynes

Sur ce type de plantes, les parties mâles et femelles sont sur des fleurs séparées (sur la même plante ou sur des plantes différentes). La méthode consiste ici à polliniser les fleurs à la main. Le soir, on passe dans le jardin pour repérer les fleurs qui sont prêtes à s’ouvrir le lendemain. On ferme ces fleurs à l’aide d’un bout de ficelle ou d’une pince. Pour chaque fleur femelle, on ficelle 3 fleurs mâles, et si possible, 3 mâles de 3 plantes différentes. Donc pour 3 fleurs femelles, nous devons trouver 9 fleurs mâles.

Le lendemain matin, on coupe les fleurs mâles, on enlève les pétales, on ouvre les fleurs femelles et on insémine les fleurs femelles avec les parties mâles restantes. Puis on referme les fleurs femelles avec la ficelle pour ne pas risquer qu’elles soient pollinisées par la suite, sans oublier de marquer la tige avec une ficelle.

Si les fleurs sont trop petites pour être ficelées, on les couvre par de petits sachets en papier.

4 - Comment obtenir des semences de qualité

4.1 -Récolte au bon moment

Les semences doivent être collectées sur des fruits matures. Pour les haricots, ils doivent être secs. Le choix des fruits à utiliser de préférence peut être sujet à discussion. Vaut-il mieux utiliser les premiers fruits qui apparaissent, les derniers, etc…. Deepika conseille généralement de couper la première fleur qui apparaît sur la plante, afin que la plante conserve sa vitalité pour devenir plus forte. Puis elle réserve les 2 premières fleurs pour les semences.

4.2 - Bon nettoyage

Il est important de bien nettoyer les semences pour éviter qu’elles ne moisissent. Pour les fruits à chair ayant une multitude de petites graines, un certain savoir faire est nécessaire. Dans ce cas, on découpe la partie avec les graines, que l’on met dans un récipient. On recouvre d’eau, et on ferme le récipient. Au bout de quelques jours (la durée dépend de la chaleur à ce moment là), de la moisissure apparaît. Après fermentation, on malaxe alors à la main, ce qui fait tomber les graines au fond du récipient. Avec une passoire, on enlève alors la pulpe. La fermentation n’est pas un problème pour la graine, et elle améliorerait même ses qualités.

4.3 - Séchage

L’étape suivante consiste à sécher les graines. Ce séchage doit se faire lentement, il faut compter un bon mois.

On dépose les graines dans un récipient naturel (bambou, terre cuite, …) et dans un endroit sec. On peut les mettre à l’extérieur, mais il faut éviter le soleil direct. En Inde, Deepika a l’habitude de sortir les graines au soleil mais les rentre vers 10h00 le matin, les ressort en soirée quand le soleil est moins violent, puis les rentre à nouveau pour la nuit.

4.4 - Stockage

Le stockage est également très important. Une graine est un être vivant, sa nature peut changer durant le stockage. Pour comprendre la complexité d’une graine, il faut garder à l’esprit qu’un grain de riz possède beaucoup plus de gènes qu’un être humain… Le stockage doit s’effectuer dans un endroit frais, sec et inaccessible aux insectes et autres animaux susceptibles de détériorer les graines.

Les méthodes les plus simples de stockage consistent à mettre les graines dans des enveloppes en papier, sur lesquelles on prendra toujours grand soin d’indiquer le nom de la variété et l’année de récolte. Puis ces enveloppes peuvent être stockées dans un placard frais, dans un frigo, ou dans un congélateur.

Une méthode plus traditionnelle mais très efficace consiste à plonger les graines dans mélange d’eau et de terre argileuse. En séchant, chaque graine est alors protégée par une couche de terre qui la préservera bien des attaques des insectes notamment.

Pour s’assurer de l’absence d’insectes à l’intérieur des graines de maïs, Deepika a pris l’habitude de congeler les graines pendant 48h00 afin de tuer les insectes présents à l’intérieur. Puis elle stocke les graines dans son frigo.

4.5 - Test de germination

Avant de distribuer ou d’échanger des graines, si l’on souhaite s’assurer de leur qualité, on peut effectuer un test de germination. On prend par exemple 50 graines que l’on dispose dans un germoir, et l’on peut ainsi mesurer le taux de germination de ces graines.